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| Édito Livraison, revue d’art contemporain, et, à l’occasion de ce numéro, revue de design graphique, se propose d’investir le champ du langage et de la typographie.
Matière physique de l’écriture et de la pensée qu’elle matérialise, la typographie est le lieu d’une rencontre entre un contenu linguistique et un signe plastique, entre une idée et une
mise en forme destinée à la fixer. La forme de la lettre fait référence à une culture, une époque, un contexte. À travers la superposition de langages typographiques d’époques différentes, l’History de Peter Bil’ak réactualise ces références en répondant à Frutiger par la surenchère : Univers inversé, l’History émerge bruyamment d’un mélange additif, là où l’ossature dépouillée du caractère de Frutiger procédait d’une synthèse soustractive. Une « Histoire » également mise en perspective dans les contributions de Benoît Buquet, Sonia de Puineuf ou encore Victor Guégan, à la lumière du langage des avant-gardes. En s’appuyant sur l’agitation artistique du début du XXe siècle, Olivier Deloignon aborde quant à lui l’immédiateté du signe tel qu’il s’impose au regardeur dans le temps de la lecture. Mais si le langage du signe peut se déduire de ses mutations historiques, la linéale, dépourvue d’empattement semble défier cet héritage : Annick Lantenois poursuit ainsi la réflexion autour de la radicalité fonctionnaliste, et de la volonté de « négocier avec les connotations négatives associées au vide et au néant » ouvertes par le XXe siècle. Cette question de la connotation, par-delà sa valeur morale, est l’occasion pour Stéphane Darricau, de revenir sur la problématique du choix d’un caractère – parmi d’autres – et des conséquences de ce choix. Un texte littéraire, une enseigne de magasin, un nom dans le générique d’un film… omniprésente, la forme typographique modifie notre perception de l’information. Vivien Philizot
questionne de ce point de vue la valeur d’usage du caractère, en le réinscrivant dans un contexte de production proprement humain qui détermine pour une bonne part les pratiques, les goûts, les modes, les conventions, les codes et les règles, produit des rapports sociaux dans lesquels sont engagés les producteurs et les lecteurs. Mais la typographie, en tant qu’« art d’écrire artificiellement »(2) reste en prise avec les sciences et la technique. Un champ investi par Caroline Fabès et Sébastien Truchet, eux aussi sortis de l’école d’Amiens, qui déconstruisent de manière systématique et mathématique la matière du texte et de la lettre. Aux limites de la lisibilité, le Minuscule de Thomas Huot-Marchand éprouve les habitudes et les capacités du lecteur. Enfin, c’est au travers de l’articulation signe, mot et texte que Kader Mokaddem présente une série de cartographies textuelles, travail mené avec des étudiants de l’École Supérieure d’Art et Design de Saint-Étienne. Très proche, Fabrice Sabatier interroge pour sa part la forme brève, entre ironie et dérisoire du quotidien. En ouvrant des pistes de réflexion et des itinéraires croisés, ce numéro particulier se propose d’explorer les rapports que la typographie entretient à l’égard du langage, structurant notre rapport au monde. Figuré typographiquement, le champ de la langue se reconfigure d’une manière transversale, car plus que tout autre pratique plastique, la typographie ne peut se passer de la parole qui la traverse, comme elle ne peut se passer des créateurs attachés à réactualiser ses conditions d’existence. ______ 1 – Robert Bringhurst, The Element of Typographic Style, Hartley & Marks publishers, quatrième mise à jour de la seconde édition, 2001.
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Edito Livraison, a contemporary arts journal and, on the occasion of this issue, a journal of graphic design, addresses the field of language and typography. The shape of a letter refers to a culture, a time, and a context. By overlaying typographic languages of different times, Peter Bil’ak’s History updates these references, and answers to Frutiger with a higher bid: inverted Univers, History noisily surfaces out of an additive mix, whereas the spare skeleton of Frutiger’s font was the result of a subtractive synthesis. “History” is also examined in the contributions by Benoît Buquet, Sonia de Puineuf, and Victor Guégan, in the light of avant-garde languages. Relying on the artistic excitement in early 20th century, Olivier Deloignon addresses the immediacy of signs imposed on onlookers in the time of reading. But if the language of the sign can be deduced from its historical mutations, the sans serif lineal seems to challenge that legacy: Annick Lantenois resumes the study of functionalist radicalism and the will to “negotiate with the negative connotations associated to emptiness and void” in 20th century. The issue of connotation, beyond its moral value, is an opportunity for Stéphane Darricau to come back to the difficult problem of the choice of type – one among others – and the consequences. A literary text, a shop sign, a name in the end credits of a movie... the ubiquitous typographic shape changes our perception of information. Vivien Philizot examines the use value of typeface by replacing it in a specifically human context that works out a large part of the practices, tastes, fashions, conventions, codes and rules producing the social relationships of both producers and readers. But typography, as an “art of writing artificially”(2), remains subjected to science and technology. This field is invested by Caroline Fabès and Sébastien Truchet – both also having graduated at the school of Amiens – who systematically and mathematically deconstruct the material of text and letter. At the limits of visibility, Minuscule by Thomas Huot-Marchand tests the habits and the abilities of readers. Articulating signs, words, and texts, Kader Mokaddem presents a series of textual mappings – a work completed with the students of the École Supérieure d’Art et de Design in Saint-Étienne. In a nearby approach, Fabrice Sabatier addresses short forms, between irony and the derisiveness of the everyday. By opening new lines of thought and crossing itineraries, this specific issue wishes to explore the relationships that typography maintains with language, a structuring feature of our relationship to the world. Typographically figured, the field of language is reorganized in a transversal way. More than any other visual practice, typography cannot do without the speech that goes through it, nor can it spare its creators bound to update its conditions of existence. ______ 1 – Robert Bringhurst, The Element of Typographic Style, Hartley & Marks publishers, 4th update of the 2nd reprint, 2001. |
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